RADIATION RISK IN PERSPECTIVE : la mise au point de la Health Physics Society

Dans l’important bruit de fond des publications scientifiques en tout genre (selon wikipédia, 700 000 articles scientifiques publiés en 2003, imaginez aujourd’hui) une information est passée relativement inaperçue ces dernières semaines : il s’agit du « position statement » (c’est à dire de la position officielle) de la Health Physics Society, à propos du sujet ô combien sensible des faibles doses et de leurs effets réels ou supposés.

C’est un article important que je vous recommande de lire en détail. Non pas parce qu’il dit des choses réellement nouvelles (ces éléments sont connus depuis bien longtemps) mais parce que, pour la première fois peut-être, la prise de position est forte, claire, et sans appel.

Que dit la Health Physics Society ?

Tout simplement que en dessous de 100 mSv, la dosimètrie des faibles doses pose un problème méthodologique majeur : en d’autres terme, que pour toutes les sources d’exposition cumulées, les effets délétères observés pour des doses en dessous de 100 mSv au dessus du bruit de fond ne sont pas différents de zéro (« However, below levels of about 100 mSv above background from all sources combined, the observed radiation effects in people are not statistically different from zero. »)

Malgré les précautions oratoires, le message est clair : on ne peut pas parler de risque liés aux faibles doses en dessous de 100 mSv.

Pourquoi c’est important ?

Parce que dans notre société allergique aux risques en tout genre, la Health physics Society prend parti clairement : les faibles doses ne représentent pas de danger significatif. Or, tout notre système règlementaire (et pas uniquement français) repose sur l’hypothèse linéaire sans seuil (linear no-threshold), c’est à dire sur l’idée que la dose a un effet dès le premier nanosievert (« (..)current standards and practices are based on the questionable premise that any radiation dose, no matter how small, could result in detrimental health effects (…) »)

Quelles conclusions en tirer ?

Doit-on considérer pour autant qu’il faut « jeter le bébé avec l’eau du bain » et mettre à la poubelle toute la  réglementation en radioprotection ? Certainement pas : il me semble évident que cette règlementation a permis, en beaucoup d’endroits, d’améliorer la qualité, la traçabilité, la culture de la radioprotection pour le bien-être de tous. Par ailleurs, elle a amélioré la transparence sur ces questions ce qui est dans l'intérêt de chacun.

Néanmoins, cette prise de position renforce la ligne que nous défendons en tant que professionnels des rayonnements en médecine :

  • L’objectif « zéro dose » n’est pas réaliste, et pas souhaitable : les gains associés à l’imagerie médicale depuis 20 ans sont incommensurables pour la société en général, les patients en particulier ;
  • Il faut se garder des interprétations maximalistes de la radioprotection et revenir à la raison plus souvent : ne pas oublier le « raisonnablement » dans « aussi bas que … » ;
  • Nous devons entrer, plus souvent, dans un dialogue constructif avec les institutions règlementaires pour les aider à adapter la règlementation et les modalités de contrôle à ce contexte général : relativiser le risque radiologique, sans pour autant laisser s’installer le n’importe quoi et faire valoir notre valeur ajoutée ;
  • En tant que spécialiste de physique médicale, ne jamais oublier que nos compétences s’inscrivent du début à la fin de la chaine d’imagerie : le rapport bénéfice/risque s'améliore aussi en augmentant le bénéfice : autrement dit la qualité d’image...

À travers cette question des faibles doses, c’est toute la logique de notre métier, notre positionnement professionnel qui est interrogé. Il est important pour esprimed, acteur quotidien de ces questions, de mener une réflexion de fond permanente sur ces sujets  : nous sommes preneur de votre avis, aussi n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques !

Jeremy Coulot ı jeremy.coulot(at)esprimed.net

 

 
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